Environ un tiers de nos ordures ménagères est fait de déchets organiques, selon l'ADEME. Épluchures, marc de café, tontes, feuilles mortes : tout cela part encore trop souvent au camion poubelle alors que votre potager en redemande. Faire son compost, c'est récupérer gratuitement un amendement qui nourrit la terre, l'aide à retenir l'eau et favorise la vie du sol. Rien de sorcier : un emplacement, un bon mélange, un peu d'air et d'humidité. Voici la méthode complète, du premier seau versé au compost mûr que vous étalerez au pied des légumes.
Bac ou tas : choisir où faire son compost
Deux formules dominent au jardin. Elles fonctionnent toutes les deux, mais pas au même rythme.
Le composteur en bac
C'est la solution la plus répandue, et la plus adaptée aux petits jardins. Le composteur fermé protège des intempéries, limite l'encombrement et, avec un grillage au fond, tient les rongeurs à distance. Compostage plus rapide aussi : comptez 4 à 6 mois minimum pour un compost mûr. Un bac de 1 à 1,5 m³ absorbe 1 à 2 tonnes de déchets organiques par an d'après le Réseau Compost Citoyen, largement de quoi suivre une famille. Au-delà de 1 000 litres de besoins, prévoyez un second bac : l'un reçoit les apports frais, l'autre laisse mûrir.
Avant d'acheter, appelez votre mairie ou votre intercommunalité : beaucoup offrent le composteur ou participent à son achat. En jardinerie, privilégiez les modèles portant le logo NF Environnement. Un bac maison en planches, en rondins ou en palettes fait aussi très bien l'affaire.
Le compost en tas
Si la place ne manque pas, le tas reste la méthode la plus simple et la plus gratuite. Il s'aère et s'humidifie tout seul, se brasse facilement, mais il est accessible aux animaux et plus lent : 6 mois à 1 an pour un compost mûr. Quand il atteint 1 m à 1,5 m de haut, retournez-le, laissez-le reposer et démarrez un nouveau tas à côté.
Le bon emplacement
Un seul critère commun aux deux formules : un endroit mi-ombragé, posé directement sur la terre. Le contact avec le sol laisse monter les vers et les micro-organismes. Plein soleil, le compost sèche ; en pleine ombre sous un conifère, il croupit. Pensez aussi au trajet depuis la cuisine : un composteur au fond du terrain se remplit moins bien en janvier, quand il pleut.
Démarrer son compost ce week-end
L'automne et le printemps sont les deux meilleures saisons pour lancer un compost. Fin octobre, vous avez justement sous la main les deux ingrédients clés : des feuilles mortes en quantité et les restes des dernières récoltes.
- Ameublir la terre à l'emplacement choisi, sur un fer de bêche.
- Étaler au fond des branches et brindilles broyées : 5 cm pour un bac, 10 cm pour un tas. Cette couche draine et fait circuler l'air.
- Verser les premiers déchets de cuisine, puis les couvrir de feuilles ou de broyat.
- Ajouter une pelletée de terre de jardin ou de vieux compost si vous en avez : elle ensemence le tas en micro-organismes, bien mieux qu'un activateur du commerce.
Équipez-vous d'un bio-seau avec couvercle pour la cuisine, d'un aérateur (une sorte de grand tire-bouchon) et d'un sécateur pour couper les tiges. C'est tout.
Quoi mettre dans le composteur (et quoi laisser de côté)
Matières vertes et brunes : la règle des 50/50
Le compost est vivant. Bactéries, champignons, vers et petits insectes transforment les déchets à condition de trouver à la fois de l'eau et de l'oxygène. Le secret tient donc dans l'équilibre entre deux familles :
- Les matières vertes, ou humides : épluchures et fanes, fruits et légumes abîmés, marc de café et filtres, pain, laitages, croûtes de fromage, tontes de gazon fraîches.
- Les matières brunes, ou sèches : feuilles mortes, paille, branches broyées, copeaux, sciure, carton brun (boîtes d'œufs, rouleaux), papier journal, essuie-tout, cendres de bois.
L'ADEME recommande 50 % de déchets humides pour 50 % de déchets secs, en volume. Concrètement : à chaque seau de cuisine vidé, une bonne poignée de feuilles ou de broyat par-dessus. Gardez un sac de feuilles mortes près du composteur, il vous servira tout l'hiver. Et coupez les déchets en petits morceaux : plus la surface est grande, plus les micro-organismes travaillent vite.
Avec modération
- Branches, noyaux, trognons de chou : seulement broyés ou coupés, sinon ils traînent des mois.
- Plantes montées en graines : les graines survivent et germeront là où vous étalerez le compost.
- Coquilles d'œufs et coquillages : ils ne se décomposent guère, mais aèrent et apportent des minéraux.
- Viande, en petits morceaux et au centre du tas, hors de portée des animaux.
- Végétaux malades, pour ne pas propager la maladie au potager.
À proscrire
Verre, métal, plastique et sacs plastiques, couches, tissus synthétiques, contenu des sacs d'aspirateur, bois peint ou verni, huiles de vidange. Tout cela file en déchèterie.
Entretenir : retourner le compost et surveiller l'humidité
Retourner le compost n'a rien d'une corvée hebdomadaire. Un brassage au moins une fois par mois, avec l'aérateur ou une fourche, suffit à oxygéner la masse. Sans air, les bactéries utiles cèdent la place à la fermentation, et l'odeur vous le fera savoir avant le voisin.
L'humidité se contrôle à la main. Pressez une poignée de matière :
- quelques gouttes perlent : parfait ;
- ça coule : trop humide, ajoutez des matières sèches ou étalez quelques heures au soleil ;
- rien ne sort : trop sec, arrosez ou laissez le couvercle ouvert un jour de pluie.
Le climat change le geste. Dans le Sud méditerranéen, le compost se dessèche vite en été : placez-le franchement à l'ombre et arrosez-le lors des fortes chaleurs. Dans l'Ouest océanique, c'est l'excès d'eau qui guette, gardez le couvercle fermé l'hiver et forcez sur les matières brunes. Dans l'Est continental et en montagne, l'activité ralentit fortement par grand froid : continuez d'apporter, le travail reprendra au printemps.
Les erreurs de compost les plus fréquentes
- Vider tout le bac de tonte d'un coup. Une couche épaisse d'herbe fraîche se tasse, fermente et sent l'œuf pourri. Mélangez-la à des feuilles sèches, ou laissez-la faner une journée.
- N'apporter que des épluchures. Sans matières brunes, le compost devient une soupe. C'est l'erreur numéro un des composteurs de cuisine.
- Oublier d'aérer. Un compost jamais brassé finit compact et malodorant.
- Laisser les déchets frais en surface. Les mouchettes adorent. Enfouissez-les et recouvrez-les de matières sèches.
- Semer directement dans le compost. Trop riche, il peut « brûler » les jeunes racines. Mélangez-le toujours à de la terre.
Côté rongeurs, le bac protège mieux que le tas, surtout avec un grillage métallique à mailles fines au fond, remonté de 10 cm sur les parois intérieures.
Reconnaître un compost mûr et l'utiliser
Le processus complet prend de 2 mois à 2 ans selon la méthode et le volume. Inutile pourtant d'attendre la perfection : un compost demi-mûr, encore grossier, sert déjà de paillage pour protéger et nourrir le sol en surface.
Un compost mûr se reconnaît sans laboratoire : couleur sombre, odeur de sous-bois, texture fine et friable, déchets d'origine méconnaissables (hormis coquilles et bouts de bois). Pour lever le doute, semez quelques graines de cresson dedans : si elles germent, il est prêt. Récoltez-le en bas du bac par la trappe, ou au centre d'un tas qui repose. Un passage au tamis retire les morceaux pas encore décomposés, à remettre dans le composteur.
Les doses au jardin
| Où | Quand | Dose conseillée par l'ADEME |
| Potager, légumes gourmands (tomates, courges, poireaux, pommes de terre) | Automne, fin d'hiver ou printemps | 3 à 5 kg/m² par an |
| Potager, besoins moyens (carottes, laitues, haricots, épinards) | Automne, fin d'hiver ou printemps | 1 à 3 kg/m² par an |
| Massifs de fleurs | Automne | une couche d'environ 2 cm au pied |
| Arbres fruitiers | Chaque année | 3 à 5 kg/m² sous la ramure |
| Pots et jardinières | À la plantation | 1/3 compost, 1/3 terre, 1/3 sable |
| Pelouse | Chaque printemps | 1 à 2 kg/m² finement tamisé |
En automne et en fin d'hiver, étalez-le en surface et incorporez-le par un léger griffage, sans bêcher en profondeur. Au printemps, déposez-le dans les rangs avant de pailler.
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