Un arbre à racines nues arrive chez vous sans terre, ses racines à l'air libre, et chaque heure passée dehors les dessèche un peu plus. Tout l'art de planter un arbre fruitier à racines nues tient dans cette idée simple : remettre ces racines au contact d'une terre humide le plus vite et le plus intimement possible. Le reste (pralinage, tuteur, point de greffe, distance de plantation) découle de ce principe. Bonne nouvelle, la saison s'ouvre maintenant : de novembre à mars, l'arbre dort et supporte très bien le déménagement, à condition de respecter quelques repères précis.
Quand planter un arbre fruitier à racines nues
Les fruitiers en racines nues ne se vendent et ne se plantent que pendant le repos végétatif, c'est-à-dire quand l'arbre a perdu ses feuilles et que la sève ne circule plus. Concrètement, la fenêtre court de fin octobre ou novembre jusqu'en mars, toujours un jour hors gel et sur un sol qui ne soit ni gelé ni détrempé.
L'automne reste le meilleur moment pour la plupart des espèces. Planté en novembre, l'arbre a tout l'hiver pour émettre de fines racines dans une terre encore tiède, et il démarre au printemps avec une longueur d'avance. Le vieux dicton « à la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » n'a rien d'une loi, mais il tombe au bon moment.
La bonne fenêtre selon votre région
| Région | Période conseillée | Point d'attention |
| Ouest océanique | Novembre à mars | Éviter les semaines de sol gorgé d'eau |
| Nord et Est continental | Novembre, puis fin février à mars | Suspendre pendant les périodes de gel durable |
| Sud méditerranéen | Novembre à février | Planter tôt pour profiter des pluies d'automne |
| Montagne | Octobre à novembre, ou printemps jusqu'à mi-mars, début avril | Choisir des variétés adaptées à l'altitude |
Les espèces frileuses à garder pour la fin de l'hiver
Abricotier, pêcher et figuier préfèrent une plantation en fin d'hiver ou au tout début du printemps, une fois les grandes gelées passées. Leur bois tendre et leurs racines craignent un hiver entier dans une terre froide et humide. Pommiers, poiriers, pruniers et cerisiers, eux, ne posent pas ce problème : plantez-les dès novembre.
Avant de planter : préparer l'arbre et le sol
Accueillir l'arbre le jour de la livraison
Ouvrez le colis dès réception et regardez d'abord les racines : elles doivent être nombreuses, souples et humides. Si vous ne pouvez pas planter dans la journée (sol gelé, pluie battante, agenda chargé), faites une mise en jauge : couchez l'arbre en biais dans une tranchée et recouvrez entièrement les racines de terre meuble. Il patientera ainsi plusieurs jours sans souffrir. Un arbre oublié au garage dans son sac, en revanche, perd ses chances à vue d'œil.
Si les racines paraissent sèches, plongez-les dans un seau d'eau le temps de préparer le trou. C'est la réponse honnête à la question du trempage : utile pour réhydrater, inutile de laisser l'arbre barboter des jours.
Habiller les racines et réussir le pralinage
L'habillage consiste à rafraîchir les racines au sécateur avant la plantation. Coupez net les extrémités abîmées ou desséchées et supprimez les racines cassées. Une coupe propre cicatrise mieux et stimule l'émission de nouvelles radicelles.
Vient ensuite le pralinage, l'étape que beaucoup sautent et qu'il ne faut pas sauter. Le pralin est une boue épaisse qui enrobe les racines, les protège du dessèchement et assure un contact parfait avec la terre. La recette classique :
- 1/3 d'argile (ou de terre de jardin argileuse) ;
- 1/3 de bouse de vache, de fumier bien décomposé ou de compost mûr ;
- 1/3 d'eau, de pluie de préférence.
Brassez jusqu'à obtenir une consistance de pâte à crêpes épaisse qui colle aux racines. La bouse n'est pas indispensable : terre argileuse et compost font très bien l'affaire. Trempez tout le chevelu racinaire, puis plantez sans rincer.
Planter un arbre fruitier à racines nues pas à pas
Creuser le trou et poser le tuteur
- Décompactez la terre autour de l'emplacement à la grelinette ou à la fourche-bêche.
- Creusez un trou d'au moins 50 cm de large, et surtout 1,5 fois plus grand que le système racinaire. En sol lourd et argileux ou en sol pauvre, voyez plus grand encore.
- Séparez la terre de surface, riche et grumeleuse, de celle du fond, et ameublissez le fond à la pioche.
- Enfoncez le tuteur avant de placer l'arbre, côté vent dominant (souvent sud-ouest en France), pour ne pas transpercer les racines ensuite.
Le fumier ou le compost se mêlent à la terre de la partie supérieure du trou, jamais au contact direct des racines. Un amendement frais collé au chevelu brûle plus qu'il ne nourrit.
Positionner le point de greffe
Presque tous les fruitiers du commerce sont greffés : le point de greffe est ce bourrelet visible à la base du tronc, là où la variété a été soudée sur son porte-greffe. Il doit rester hors de terre, à environ une poignée de main au-dessus du sol une fois la terre tassée. Enterré, il permet à la variété d'émettre ses propres racines et l'arbre perd les qualités de vigueur que lui donnait le porte-greffe. Le collet, zone de transition entre racines et tronc, ne doit jamais être enterré non plus.
Astuce simple : posez un manche d'outil en travers du trou pour visualiser le niveau du sol, et ajustez la butte de terre au fond jusqu'à ce que le bourrelet dépasse franchement.
Reboucher, plomber, pailler
- Étalez les racines sur un petit monticule de terre, puis rebouchez avec la terre de surface en respectant l'ordre des couches.
- Secouez légèrement l'arbre pendant le remplissage pour que la terre glisse entre les racines.
- Tassez doucement au pied, sans piétiner comme un videur de boîte de nuit.
- Formez une cuvette avec un bourrelet de terre d'une dizaine de centimètres, en demi-lune si le terrain est en pente.
- Arrosez copieusement en pluie fine, même s'il pleut : c'est le plombage, qui chasse les poches d'air autour des racines.
- Attachez l'arbre au tuteur avec un lien souple (fibre de coco, caoutchouc), sans serrer.
- Paillez de broyat ou de feuilles en laissant au moins 10 cm libres autour du tronc pour éviter la pourriture.
Côté taille, conservez 3 à 5 branches charpentières bien réparties partant du tronc. Rééquilibrer la ramure par rapport aux racines raccourcies aide l'arbre à repartir sans s'épuiser.
Quelle distance de plantation entre deux fruitiers
La distance dépend de la forme de l'arbre, elle-même fixée par le porte-greffe. Un pommier basse tige et un pommier haute tige n'ont pas du tout le même encombrement à l'âge adulte.
| Forme | Distance entre deux arbres |
| Basse tige (fuseau, gobelet) | 2 à 4 m |
| Demi-tige | 5 à 7 m |
| Haute tige | 10 m environ |
En verger de plein vent, certaines fiches techniques vont plus loin selon l'espèce : 8 m sur 8 m pour les pruniers, 10 m sur 10 m pour les pommiers, 12 m sur 12 m pour les poiriers et les cerisiers. Un jeune scion paraît toujours perdu au milieu de tant d'espace. Dans quinze ans, vous serez content de pouvoir passer entre deux couronnes sans vous griffer.
Les erreurs qui font échouer une plantation
La plupart des échecs ne viennent pas de l'arbre, mais de quelques gestes ratés :
- Laisser sécher les racines au vent ou au soleil pendant qu'on creuse.
- Enterrer le point de greffe, souvent par excès de zèle sur un sol qui se tasse ensuite.
- Planter dans un trou trop étroit, racines repliées en chignon.
- Mettre du fumier frais ou de l'engrais au contact des racines.
- Planter en sol gelé ou détrempé, où la terre colle en mottes et ne remplit pas les vides.
- Oublier l'arrosage l'été suivant. Un arbre planté en novembre souffre surtout en juillet. Pendant les deux premières années, comptez 40 litres par arbre toutes les deux semaines en été : un arrosage rare et copieux pousse les racines à descendre.
- Garder le tuteur à vie. Retirez-le au cours de la deuxième ou troisième année : l'arbre doit apprendre à tenir seul.
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